MODULE 38 : Organisation de la prise en charge des plaies pendant la période COVID

MODULE
mercredi 25 mai 2022 - 11h00 - 12h00 - Salle 241 - Niveau 2

L’épidémie à SARS-CoV-2 a profondément modifié nos pratiques et l’organisation du système de soin dans son ensemble. La prise en charge de nombreuses pathologies chronique, incluant les plaies, a été impactée par cette pandémie de différentes façons. Au cœur de cette pandémie, et alors que celle-ci semble s’installer dans la durée, il nous semble plus que jamais nécessaire de procéder à une analyse critique et constructive de nos pratiques des mois passés, afin de proposer à l’avenir une prise en charge plus adaptée de cette situation bien particulière. 

Tout d’abord, le profil des plaies pris en charge au cours de la période COVID a été changé par plusieurs éléments. Le système de santé dans son ensemble étant saturé, l’accès au soin a été très difficile pour les patients et de nombreuses consultations ont dû être déprogrammées. Ceci a conduit à des ruptures de suivi des patients présentant des plaies chroniques, entrainant dans certains cas la dégradation de plaies pré existantes, mais aussi à des primo consultations tardives, conduisant à d’important retard de prise en charge diagnostique et thérapeutique.

Ces derniers mois, de nombreux patients ont été hospitalisés en réanimation et ont développé des escarres, ce d’autant plus que l’infection à SARS-CoV-2 est responsable d’une importante dénutrition. Ces patients, bénéficiant de séances prolongées de décubitus ventral, ont parfois présenté des escarres sur des zones usuellement peu touchées. Par ailleurs, bien que la physiopathologie de l’infection à SARS-CoV-2 soit encore mal décrite, ses conséquences sur les altérations vasculaires et son lien avec les phénomènes thrombo-emboliques sont désormais clairement établis. Ces éléments ont eu des conséquences sur les patients présentant une artériopathie des membres inférieurs, avec, dans notre centre, une augmentation du nombre de patient consultant pour décompensation de cette artériopathie et ulcère artériel dans un contexte d’infection à SARS-CoV-2. En dehors de ces conséquences indirectes du SARS-CoV-2, certains auteurs ont décrit la survenue d’ulcérations cutanées, le plus souvent génitales, sans autres étiologies évoquées que l’infection.

Enfin, outre ces aspects de modification du profil des plaies pris en charge, c’est l’organisation pratique de la prise en charge des plaies qui a été directement impactée. De nombreux soignants, médecins et infirmiers, experts dans le domaine de la plaie ont ainsi dû interrompre leurs activités usuelles et délaisser les patients présentant des plaies chroniques au profit de la prise en charge urgente des patients atteint par le SARS-CoV-2. Parallèlement, le recours à la télémédecine et le développement de réseaux de prise en charge « à distance » des patients, reposant sur une étroite collaboration entre l’hôpital et la ville se sont organisés. Ceci a certainement permis de convaincre les plus réfractaires de l’intérêt de développer cette pratique, tout en soulignant ses limites dans certaines situations.

Orateur : Béatrice Fremcourt, Océane Pagni, Hester Colboc